Une Prépa Littéraire ça sert à quoi exactement ?

Article rédigé par Camille Fraudin, ancienne élève de Terminale Littéraire au lycée Camille Corot.

Bonjour,

Comment on entre en prépa ?

La sélection se fait sur dossier. Si vous demandez aux lycées pendant les portes ouvertes, ils vous diront que les notes ne comptent pas vraiment, que les appréciations sont plus importantes. Mais ce n’est pas vrai pour un lycée comme celui de Morestel, qui n’est pas classé, ni reconnu à grande échelle. Personnellement j’étais première de ma classe à presque 16 de moyenne, avec des moyennes hautes dans les matières importantes (18 en littérature, 16 en lettres, 16 en philo) mais j’avais des lacunes en langues (12 en LV1 et 8 en LELE), et j’étais moyenne en histoire (entre 9 et 12). L’histoire et les langues m’ont fait manquer le lycée du Parc, à Lyon, qui est aussi bien que Henri IV ou Louis le Grand, mais j’ai eu toutes les autres prépas de la région (Edouard Herriot, Champollion et celle de Saint Etienne)qui elles, n’intègrent pas (d’élève dans les ENS), et j’ai aussi été admise à Lakanal où je suis allée, qui est plutôt bien classée (~10ème nationale) et intègre entre 8 et 10 élèves tous les ans, ce qui assez conséquent.

Deux sortes de prépa pour deux choix de parcours :

  • Les prépas qui intègrent: elles préparent plus intensément, mieux au concours de l’ENS, et aux autres écoles accessibles par la BEL, mais il faut être prêt à devoir très vite apprendre à travailler par soi même, et savoir intégrer les méthodes, qui peuvent être très différentes d’une matière à l’autre, et d’une année à l’autre, seul et rapidement. On se retrouve facilement avec une moyenne de 10 points inférieures à celle de terminale. Les profs vont travailler en fonction de la tête de classe et pas des élèves moyens, donc il faut être prêt à s’accrocher jusqu’au bout, dans toutes les matières
  • Les prépas qui n’intègrent pas: elles donnent un rythme de travail soutenu, on y acquiert aussi une grande culture générale, on travaille les mêmes programmes, mais les profs font plus attention au niveau de la classe. Ce sont des prépas plus cosy si on sait qu’on ne veut pas faire les écoles proposées par la BEL, mais on a moins chances d’avoir d’excellents résultats aux concours. Pour ce qui est des écoles de commerces et des IEP, je pense qu’avec une bonne préparation, on peut avoir approximativement les mêmes chances d’y entrer qu’une prépa qui intègre

 

La prépa ça amène à quoi ?

Quand on passe le concours de l’ENS, celui qu’on est censé préparer pendant deux ans, on passe ce qu’on appelle la BEL (banque d’épreuves littéraires). En fait, on passe toutes les matières demandées par les ENS (lettres, histoire, philosophie, langue vivante et géographie ou langues anciennes) et d’autres écoles/cursus se servent des résultats obtenus dans la BEL pour sélectionner des élèves.

  • ENS (Ecole Normale Supérieure) : pour se consacrer à la recherche ou à l’enseignement particulièrement. Il y a trois ENS avec chacune des particularités :
  • ENS Ulm, c’est celle de Paris, rue d’Ulm. Elle est tournée vers les lettres classiques, c’est-à-dire le latin et le grec notamment. Pour ce qui est de la préparation les cours d’Histoire, de philo, de lettres sont basés sur le même programme que l’ENS de Lyon, mais il y a un programme en plus en Histoire, et à l’oral vous passez toutes les matières, mais à l’écrit tout les coefficients des matières sont les mêmes.
  • ENS Lyon, c’est celle qui est à Lyon. Elle a un pôle géographie très important. Par rapport à Ulm, avoir des cours de langues anciennes n’est pas obligatoire mais il faut faire de la géographie. A l’oral on ne passe que notre LV1 en presse et civilisation (étude de texte de presse et de la culture de la langue choisie par rapport aux textes de presse), les lettres, et notre matière de spécialité, par contre à l’écrit les lettres et la matière de spécialité compte double.
  • ENS Cachan, celle qui est à Cachan, une petite ville dans la périphérie Sud de Paris. Elle est spécialisée dans les langues modernes. Il n’y a que les spécialistes de langues vivantes qui peuvent prétendre à celle là. Je ne connais pas les coefficients exacts mais je crois qu’ils sont similaires à ceux de Lyon. Avec cette ENS il y a des possibilités d’intégrer des écoles de traduction
  • Toutes les écoles de commerce: il y a en plus des épreuves spécifiques comme de la contraction de texte, des écrits plus courts (4h de composition au lieu de 6h), mais ils se servent principalement des résultats obtenus à la BEL. Par contre, l’oral est totalement indépendant de celui de l’ENS : chaque école organise des oraux spécifiques à leurs attentes, beaucoup font ce que l’on appelle des entretiens de personnalité.
  • Le CELSA, c’est l’école de journalisme. Comme les écoles de commerce il y a quelques épreuves spécifiques en plus et les oraux sont différents, mais les écrits seront ceux de la BEL.
  • Les IEP (institut d’étude politique // Science po) : en khârré (la première khâgne) on peut postuler pour les IEP de provinces et si on khûbe (on refait une deuxième khâgne), pour intégrer en master 1, on peut postuler sur dossier à Science po Paris. Il est plus facile de rentrer dans les IEP par la BEL qu’en candidat libre.
  • La fac/les facs de secteurs: chaque année (dès la première année) on a une équivalence dans une matière que l’on choisi à la fin de l’année si on a travaillé de manière assidue et régulière, mais chaque prépa a des arrangements avec une fac en particulier, donc il est difficile de ne pas choisir une des fac que la prépa propose et de garder des équivalences valables dans une autre fac (ex : je suis élève au lycée Lakanal, j’ai le choix entre les différentes fac affiliées à Paris Sorbonne, mais je ne pourrais pas retourner à la fac de Grenoble l’année prochaine parce que ma prépa n’a pas de contrat avec cette fac là). Pour aller à la fac ensuite il n’y a pas vraiment besoin d’avoir d’excellents résultats, par contre il faut avoir été sérieux toute l’année (travail fait, peu/pas d’absences injustifiées, être attentif en cours)
  • Même si on n’a pas réussi à avoir l’ENS, ni aucune école de commerce ou IEP, les deux ans de prépa n’ont pas servi à rien : on acquiert une capacité de travail, une méthode et une culture qui est tout à fait particulière et très appréciée plus tard lorsque l’on recherche un emploi, c’est une sorte de garantie pour l’employeur, mais aussi pour nous quand on retourne à la fac (malgré ce que peuvent dire les profs de fac sur le travail en prépa, on nous demande plus de travail, et on est capable de travailler plus et plus longtemps qu’un élève de 3ème année de licence qui n’aurait été que à la fac).4
  • Ecole du Louvre : école qui amène à tous les métiers liés à la culture, la restauration (d’œuvre d’art entendons-nous…), de l’archéologie, etc. Mais il faut mieux, pour y entrer, faire une hypo Chartes (je sais qu’il y en a une à Henri IV, mais je ne sais pas s’il en existe d’autre) si on ne veut pas perdre une ou deux années en recommençant en L1 et si on veut être sûr d’être sélectionné (car ce sont les Hypo Chartes qui raflent 90% des places du concours spécifique aux prépas), sinon on peut faire les deux ans et viser une équivalence en L3 sur demande, mais il faut être prêt à travailler pour se remettre au niveau pour l’histoire de l’art notamment.

La première année :

L’hypokhâgne est une année de découverte où s’habitue à un rythme de travail important, aux nouvelles méthodes, où on acquiert la culture générale « de base » pour pouvoir passer en deuxième année. On redécouvre beaucoup de matières, notamment les lettres où on travaille énormément la théorie littéraire, ce qu’on ne fait pas du tout au lycée, mais aussi la géographie, qui est une matière radicalement différente de la géopolitique simpliste des programmes de terminale. Au contraire, elle se penche sur tous les sujets, s’accompagnant de toutes les matières (la sociologie, l’histoire, la politique, l’aménagement du territoire, la philosophie, la psychologie, la médecine, etc.)

En hypo il n’y a pas de programme, les professeurs travaillent sur « ce qu’ils veulent », mais souvent ils essayent de faire un tour des grands thèmes de chaque matière :

  • Histoire: de l’époque antique à l’époque contemporaine en passant par la médiévale pour découvrir les différentes façons d’aborder l’histoire
  • Lettres: les grands types de question sur la littérature : la place de l’auteur, du lecteur, la réception des œuvres, les différents genres
  • Géographie: des thèmes vastes qui initient à la « nouvelle géographie », j’avais personnellement travaillé sur les villes et l’urbanisation (question des inégalités, des mobilités, des aménagements), et les îles (question d’insularité, de développement  différenciés etc.)
  • Philo: on approfondi les grandes théories, on aborde les grands courants de manière générale sur les thèmes redondants (la morale, la justice, la parole, etc.)
  • Langues: on fait beaucoup de littérature, on découvre les grands courants et les façons de travailler les matières dans les pays des langues enseignées (les dissertations anglaises n’ont strictement rien à voir avec les dissertations françaises). De plus on découvre l’exercice de la version qui n’existe pas du tout au lycée. La version consiste en la traduction littérale mais littéraire (attention à la nuance, c’est ce qui change une note moyenne en bonne note) d’un texte anglais en français. C’est un exercice assez difficile qui demande de l’entrainement.

Les options sont très différentes en fonction du lycée dans lequel on est et de ce qu’il propose. Je ne peux donc vous parler que des options qui sont faisables dans mon lycée, à savoir : approfondissement en langues vivantes et anciennes, théâtre, initiation à la cartographie :

  • Approfondissement en langues: c’est pour ceux qui pensent vouloir prendre les langues en spécialité l’année suivante, ou pour les langues anciennes ceux qui veulent aller en Ulm la deuxième année
  • Le théâtre: on peut l’enseigner théoriquement en parlant des grands genres  et de l’histoire du théâtre, mais mon lycée est réputé pour avoir une option théâtre qui fait travailler le jeu d’acteur, la scène, la mise en scène, en bref le théâtre en tant que comédien. Chaque année ils préparent un pièce ou deux, le montent et choisissent les décors, les musiques, aidée par une metteuse en scène et un comédien professionnel qui sont leurs professeurs. Ils partent faire le festival de théâtre de Sorente en Italie, puis jouent leur pièce au lycée, et dans un vrai théâtre parisien. Si vous êtes intéressé par cette option, je peux vous mettre en contact avec des deuxièmes années qui ont choisi cette spécialité.
  • Initiation à la cartographie: il s’agit en réalité de commentaire de cartes IGN (les cartes de randonnées bleues). Elles ne servent pas seulement pour indiquer les routes, mais grâce à elles, on peut retracer l’histoire géologique, l’histoire humaine, industrielle, économique, sociale, etc. de la région que l’on étudie. C’est une initiation qui ne se fait pas dans tous les lycées et qui préparent à la spécialité Histoire/géographie en deuxième année. Elle demande d’acquérir beaucoup de connaissances, parce que c’est une matière très nouvelle, mais elle est extrêmement enrichissante

De manière plus générale, la première année se compose ainsi :

  • 4h de philosophie
  • 5h de lettres
  • 5h d’histoire
  • 4h de LV1
  • 2h de LV2
  • 2h géographie
  • 2h de langue ancienne minimum
  • 1h de culture antique (c’est un cours sur une thématique antique qui change tous les ans et qui servira si vous prenez la khâgne Ulm, avec la version + commentaire à l’écrit, mais qui peut être très intéressant pour notre propre culture générale)
  • Et on peut prendre raisonnablement jusqu’à 4h d’enseignement complémentaire en plus

La deuxième année :

La deuxième année est plus intense, d’abord parce qu’il y a des concours à la fin de l’année, mais aussi parce que les concours sont en avril, ce qui est très tôt. Par contre, ce que j’ai trouvé plus facile pour étudier, c’est de travailler sur programme. Grâce à ça, on sait dans quel sens on doit mener nos révisions et nos recherches. Mais ne vous y trompez pas, c’est quand même extrêmement difficile, il faut savoir que, contrairement à ce qu’on peut penser, le passage de la première à la deuxième année de prépa est bien plus difficile que le passage de la terminale à la première année, parce qu’il se fait sans période de transition.

De manière plus générale, la deuxième année, en Lyon, se compose ainsi :

  • 4h de philosophie
  • 2h de géographie
  • 2h d’histoire
  • 3h de LV1
  • 2h de presse et civilisation en langue étrangère
  • 5h de lettres
  • 6 à 8h de spécialité

Il est possible de choisir n’importe quelle matière en spécialité (c’est-à-dire spé philo, histoire/géographie, langue vivante, lettres, et dans mon lycée théâtre)

Personnellement j’ai choisi la spé Histoire/géographie en Khâgne Lyon, j’ai donc 4h de chaque matière. Pour la géographie, il s’agit de commentaire de carte. Ce qui est pratique, par rapport aux autres matières, c’est que le programme ne change pas d’une année à l’autre, on étudie toujours et uniquement les territoires français (incluant les DOM). Quant à l’histoire, on a deux programmes, en plus de celui en tronc commun. Le tronc commun est une question d’histoire contemporaine (cette année ce sont les colonies françaises en Afrique de 1871 à 1962), et en spécialité on a une question d’histoire Antique (ici les relations entre Rome et Carthage de la Première Guerre punique à la Colonia Julia Concordia) et une question médiévale (ici la Guerre de cent ans, de 1327 à 1453). C’est donc une spécialité lourde mais qui offre un large choix au sortir de la khâgne.

Dans l’immédiat je n’ai pas le temps de décrire avec précision toutes les spécificités de tous les enseignements de spécialité, mais si vous avez des questions sur les autres matières, vous pouvez tout à fait me contacter ensuite, je prendrai avec plaisir le temps de vous répondre.

Travail personnel :

Je ne sais pas comment ça se passe exactement dans les autres prépas, mais dans la mienne ils nous ont laissé quasi tous les après-midi (je finissais entre 15h30 et 17h30), mais il faut savoir que certaines options prennent beaucoup de temps (dans mon lycée c’était spécialement les langues anciennes qui prenaient le mercredi jusqu’à 18h30 alors que les autres finissaient à 14h30 et le théâtre qui prenait toute la plage du vendredi après-midi, qui est normalement consacrée aux révisions des DS du samedi). Si on n’a autant de temps libre, c’est pour pouvoir travailler par nous même et avoir le temps de lire beaucoup. Le samedi est réservé aux DS (normalement de 8h à 14h mais au début de la première année les DS peuvent-être moins longs pour vous entrainer progressivement à faire un DS de 6h).

Au niveau de la répartition du travail personnel sur la semaine : je travaille entre 3 et 5h par jour (répartie entre l’après-midi et le soir après avoir mangé) et entre 6h et 9h le week-end, en fonction du retard que j’ai pris dans la semaine et des urgences à travailler pour la semaine. Tout le monde ne travaille pas forcément autant la première année, c’est vraiment en fonction des besoins de chacun.

Annoncé comme ça, ça peut faire peur, mais il faut savoir qu’on se met au travail progressivement, parce qu’on sent qu’on en a besoin, et la dose de travail augmente sans vraiment que l’on sente une énorme différence. C’est la même chose pour les DS. 6h peut faire horriblement peur au début, mais finalement, au bout 1 an, ça devient juste, voire même parfois trop court pour réussir à finir.

 

Coordonnées :

Camille Fraudin (fcb)

Fraudin.camille@gmail.com (et si je ne réponds pas dans la semaine essayez kamill27@orange.fr)

Tel : 06-30-64-44-91

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