Un cerveau dans une cuve

« A brain in a vat » : « Un cerveau dans une cuve » est une expérience de pensée imaginée en 1981 par un philosophe américain contemporain Hilary Putnam. Voici un texte extrait de son ouvrage  Truth, and History (Raison, Vérité et Histoire, 1981 ; traduit de l’anglais par Abel Gerschenfeld). Cette expérience fait une drôle d’hypothèse : un savant fou décide, au cours d’une nuit, d’entrer dans votre chambre, puis de vous kidnapper après vous avoir endormi. De retour à son laboratoire, il retire votre cerveau et le place dans une cuve contenant un liquide nutritif qui permet à votre cerveau de se nourrir et de s’oxygéner. Ensuite, votre cerveau est connecté à un ordinateur très performant, capable d’envoyer des signaux électriques simulant parfaitement les informations transmises par votre corps à votre cerveau, dans une sorte de réalité simulée. Lorsque vous vous réveillez le lendemain matin, tout vous semble parfaitement normal.

Le problème est donc le suivant :  

comment savoir, c’est-à-dire être parfaitement sûr, que vous n’êtes pas un cerveau dans une cuve en train de lire ce texte ?

Comment distinguer une perception du monde extérieur obtenue à travers nos sens de celle obtenue par stimulation directe du cerveau? Et plus fondamentalement, comment être sûr que c’est bien le monde extérieur que nous percevons et non pas un monde de simulations, un monde virtuel fruit d’une illusion?

Je vous laisse lire le texte :

« Supposons qu’un être humain (vous pouvez supposer qu’il s’agit de vous-même) a été soumis à une opération par un savant fou. Le cerveau de la personne en question (votre cerveau) a été séparé de son corps et placé dans une cuve contenant une solution nutritive qui le maintient en vie. Les terminaisons nerveuses ont été reliées à un super-ordinateur scientifique qui procure à la personne cerveau l’illusion que tout est normal. Il semble y avoir des gens, des objets, un ciel, etc. Mais en fait tout ce que la personne (vous-même) perçoit est le résultat d’impulsions électroniques que l’ordinateur envoie aux terminaisons nerveuses.

L’ordinateur est si intelligent que si la personne essaye de lever la main, l’ordinateur lui fait « voir » et « sentir » qu’elle lève la main. En plus, en modifiant le programme, le savant fou peut faire « percevoir » (halluciner) par la victime toutes les situations qu’il désire. Il peut aussi effacer le souvenir de l’opération, de sorte que la victime aura l’impression de se trouver dans sa situation normale. La victime pourrait justement avoir l’impression d’être assise en train de lire ce paragraphe qui raconte l’histoire amusante mais plutôt absurde d’un savant fou qui sépare les cerveaux des corps et qui les place dans une cuve contenant des éléments nutritifs qui les gardent en vie. »

 

Hilary Putnam, Raison, vérité et histoire, Paris, Minuit, 1984.

 

 

 

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