La radicalité. Premiers éléments de réflexion

I. Un radicalisme rationnel et métaphysique

« Radical » est un adjectif qui signifie : Relatif à la racine, à l’essence de quelque chose. Qui concerne le principe premier, fondamental, qui est à l’origine d’une chose, d’un phénomène. Nous allons reprendre cette idée et mettre en lumière que la quête de radicalité va prendre la figure de la métaphysique : référence 1  Descartes entend ainsi trouver ce principe premier qu’est le cogito ou l’idée de Dieu. Nous reprendrons la métaphore de l’arbre dans la préface aux Principes de la philosophie. Référence 2 : Leibniz dans son opuscule de L’origine radicale de toutes choses qui fait de Dieu le principe premier  des vérités/essences; et le créateur de l’existence (le monde parfait et les compossibles).

Nous pourrions aussi soulever un nouveau problème : la métaphysique est radicale dans la mesure où sa fin c’est de saisir rationnellement ou intuitivement la racine de toutes choses. Mais les moyens de parvenir à cette racine peuvent eux aussi considérés comme radicaux mais dans un autre sens : un peu comme dans l’expression un « remède radical », ce qui signifie « qui a une action décisive sur les causes d’un mal ». La radicalité pourrait se comprendre comme cette rupture nette dans l’usage des moyens : par exemple le doute est radical chez Descartes en ce sens qu’il n’admet aucune exception ou atténuation; qu’en outre ce doute va aller résolument au bout de son projet quitte à mettre en balance l’existence du monde et celle de mon propre corps. Le doute est une volonté assumer de faire table rase avec tout est seulement vraisemblable voire faux.

Mais cette radicalité métaphysique qui entend saisir rationnellement trois objets : Dieu, l’âme et le monde (Théologie, psychologie rationnelle, cosmologie) peut être critiquée. c’est ce que va entreprendre Emmanuel Kant dans sa Critique de la raison pure où il va mettre en lumière les contradictions insurmontables auxquelles conduit la métaphysique. Thèses et antithèse s’affrontent stérilement dès qu’il s’agit de porter un jugement de connaissance sur un des trois objets de la métaphysique. Dans ce contexte, Kant voit dans celle-ci un véritable champ de bataille qui indique clairement qu’elle n’est pas rentrée dans l’âge de la science. Il convient de ramener la raison dans le champ de l’expérience afin d’établir une science solide et vraie. Il s’agit donc de discipliner la tendance naturelle que la raison a de se poser des questions métaphysiques. Dieu, l’âme et le monde sont exclus de la rationalité théorique pour investir la rationalité pratique. Il seront désormais l’objet de la croyance ou de la foi.

II. Un radicalisme passionnel et religieux

Nous pourrions évoquer une référence qui nous semble clé. C’est la préface du Traité Théologico-Politique de Spinoza. Il y dénonce avec force et clairvoyance les méfaits de la superstition religieuse et de la criminalisation de la liberté de pensée et d’opinion. Il va ainsi se lancer dans une véritable enquête génétique ou généalogique de la superstition, du dogmatisme et du fanatisme. Il souligne qu’à la racine de ce mal, il y a la crainte. Dit autrement la vie passionnelle des individus qui oscille sans cesse entre la crainte et l’espérance les fait délirer.. Une âme qui flotte, qui se laisse aller aux moindres sollicitations extérieures s’éloigne inexorablement du vrai bien, de la béatitude et de l’amour intellectuel de Dieu. Les passions voilent, obscurcissent le premier principe, la source radieuse d’où tout procède : Dieu ou la nature. Cette racine ne relève pas de sens ou de l’imagination mais de la raison.

Mais c’est bien une autre forme de radicalité qui se met en place. Une radicalité de nature religieuse, sociale, politique : contrôler scrupuleusement les opinions et les doctrines. Création de l’Index. Par là même contrôler les consciences. l’opinion doit suivre l’orthodoxie religieuse et philosophique sans la discuter. Les dogmes religieux doivent être crus aveuglément. C’est donc une radicalité théologique et politique qui émerge et s’exprime dans la domination théocratique.

Alors que la première de radicalité s’attachait à creuser, à descendre afin de  retrouver la racine fondamentale d’où procèdent l’existence et la vérité de toutes choses (cogito ou Dieu), la radicalité religieuse et politique impose sa puissance par le haut : Monarchie de Droit divin c’est à-dire un régime théocratique qui mêle intimement le politique et le religieux, qui fait du religieux une arme de domination.

 

III. La radicalité totalitaire

Nous pouvons soulever un nouveau problème :  la radicalité conduit-elle au progrès intellectuels, moraux et politiques d’une nation ? Ou est-elle plutôt synonyme de décadence et d’oppression ?

Nous avons opposer deux formes de radicalité : métaphysique et politique. Mais on pourrait tout aussi bien se demander dans quelle mesure la raison peut conduire au projet de la domination absolue ou de la destruction absolue. L’expérience concentrationnaire pourrait servir de fil conducteur entre le contrôle absolu et la destruction absolue. On pourrait s’appuyer sur les thèses développées dans la Dialectique négative de l’école de Frankfort.

Il s’agit de rendre le réel conforme au rationnel, rationaliser de part en part le champ social par un volontarisme politique radical (qui jusqu’au bout des conséquences impliquées par un choix initial.) Nous pourrions nous demander si l’on a pu envisager les villes comme espace de rationalisation politique.

 

IV. Radicalisme juridique : radicalité versus équité

On applique la loi dans sa lettre et non dans son esprit. Etre radical, c’est n’admettre aucune exception, aucune circonstances atténuantes. Au contraire, de l’équité telle qu’elle est définit dans l’Ethique à Nicomaque. L’équitable c’est celui qui est capable d’appliquer les lois dans leur esprit, qui fait preuve de discernement ou de prudence en tenant compte des circonstances.

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