Qu’est-ce que la maïeutique ?

La maïeutique, c’est quoi ?

Dans le Ménon, dialogue de Platon, Socrate va s’entretenir avec un jeune esclave. Malgré l’ignorance complète de celui-ci pour ce qui concerne les questions de géométrie, Socrate va lui demander de résoudre le problème suivant : comment peut-on dupliquer la surface d’un carré donné ?

Ils se servent alors d’un bâton et du sable où ils tracent la figure d’un carré. Le jeune esclave va d’abord prendre le côté du carré et doubler sa longueur. Mais il va très vite s’apercevoir que le nouveau carré obtenu a une surface quadruple du carré initial. Puis il décide d’enlever la moitié du carré quadruplé. Cependant on voit bien qu’il ne s’agit plus d’un carré… Au terme de plusieurs essais infructueux, le jeune esclave s’aperçoit qu’il faut partir de la diagonale du carré primitif pour obtenir un carré dont la surface est double.
La morale de l’histoire : le jeune esclave ne croyait rien savoir, alors qu’en réalité il possédait un certain nombre de connaissances ou de vérités (oubliées car enfouies en nous) que les questions de Socrate ont permis de réactiver, de réveiller.
Le dialogue est ce que Socrate se plait à appeler une Maïeutique, ce qui signifie un art d’accoucher les âmes des vérités qu‘elles recèlent. Pour l’anecdote, Socrate attribue son pouvoir à sa mère qui elle était une sage-femme. Cela signifie que selon cette perspective, apprendre c’est se ressouvenir, puisque nous savons déjà tout.
Une conséquence : Socrate défend ici une forme de pédagogie tout à fait originale. Pourquoi ?
Selon une perspective « classique », le professeur serait celui qui apprendrait quelque chose à l’élève. Ce qui veut dire que l’élève est ignorant, vide/privé de toutes connaissances. Alors que le professeur serait « plein de savoir ». La pédagogie consisterait alors à transmettre, à « remplir/transvaser » le savoir du professeur dans la tête de l’élève. Il y aurait une supériorité du professeur sur l’élève.
Selon la perspective platonicienne, l’élève est en réalité riche d’un savoir qu’il porte en lui mais qu’il a oublié. Quant au professeur, son rôle serait simplement de permettre à l’élève de se réapproprier son savoir en réfléchissant sur lui-même.
Enfin, il faut savoir que Platon… Ce dernier croyait à la réincarnation.  En effet comment comprendre que nous soyons dès notre naissance porteur de connaissances ?

Après notre mort, notre âme se sépare de son enveloppe charnelle. Elle est ensuite jugée par trois juges : Minos, Rhadamante et Eaque. On trouve tout cela décrit dans le livre 10 de la République : le fameux mythe d’Er. L’Âme vertueuse contemple pendant 1000 ans les vérités. Puis elle doit se réincarner et l’âme peut choisir à ce moment-là le type d’existence qu’elle mènera ensuite. L’âme va se baigner dans un fleuve, le « léthé », littéralement le fleuve de l’oubli. L’âme va oublier toutes les vérités acquises auparavant et va aussi oublier ses vies précédentes. Le dialogue aura alors pour fonction de réveiller nos souvenirs…

Plus tard au début du 20ème siècle, la psychanalyse de Sigmund Freud utilisera une méthode un peu similaire pour permettre au malade de se ressouvenir -la réminiscence ou anmnèse- et de se guérir.

C. Girerd

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