Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?

Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?

Le délit de faciès est une forme de discrimination (traitement défavorable et contraire au principe d’égalité infligé à un individu ou groupe d’individus selon différents critères), un jugement, portant généralement sur le physique et plus particulièrement sur le visage d’une personne. Mais ce jugement peut aussi être porté sur d’autres aspects comme le style vestimentaire, la façon de parler, l’orientation sexuelle…
Ce délit est fortement puni par la loi française et une personne faisant usage de celui-ci encourt :
– jusqu’à 3 ans d’emprisonnement et 45000 € d’amendes ;
– jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 75000 € d’amendes pour un agent public dans l’exercice  de ses fonctions (exemple : policier, gendarme…).
Malgré cela le délit de faciès est très courant dans notre société, et pas seulement dans le cadre du travail. Nous possédons tous une « tendance spontanée à lier les traits d’un visage à un caractère psychologique » nous informe Philippe Nassif, auteur de l’article portant sur le thème du visage dans Philosophie Magazine (n°64).
En effet nous sommes tous coupable de ce délit même si nous le considérons comme « mal », nous avons tous déjà associé le visage d’un inconnu à quelque chose de bien ou de mal, sans même parfois en être conscient.
Daniel Kahneman, psychologue nobélisé, a formulé l’hypothèse que notre rationalité serait en quelques sortes perturbée par des biais cognitifs et émotionnels et validerait les réponses que formule notre système intuitif sans les vérifier, ce qui conduirait à ce délit de faciès. Et cela s’avère vrai dans la majeure partie des cas : nous faisons plus rapidement confiance à une personne qui a une « bonne tête» qu’à une autre dont la « gueule ne nous revient pas ».
Kahneman a vérifié cela suite à une étude réalisée a l’université de Princeton, aux États-Unis, des portraits d’hommes politiques ont été montrés à des étudiants pendant seulement un dixième de seconde et les résultats ont été unanimes : ceux dotés d’un « menton fort » et d’un «léger sourire » sont jugés, par la majorité, plus compétents car ils paraissent sûrs d’eux et inspirent « force et fiabilité ». De plus, dans 70% des cas, ces hommes politiques ont déjà été élus comme sénateurs, gouverneurs…
Cette étude nous montre bien que le visage d’une personne influe inconsciemment sur notre comportement. Mais comment expliquer ce phénomène?
Cette perception des visages et leur identification vient d’une aire spécifiquement dédiée à leur reconnaissance dans le cerveau. Effectivement, nous portons surtout notre attention sur les visages des gens et non sur le reste du corps. Cela remonterait à l’âge préhistorique où reconnaître l’allié de l’ennemi était vital.
De plus l’évolution et l’apprentissage lors de l’enfance auraient accentués le délit de faciès comme l’ont repéré les neuroscientifiques. En effet à partir de 8 mois le cerveau humain se met à se spécialiser et à reconnaître plus facilement les visages de personnes de la même ethnie que lui. Ainsi, le cerveau d’un Européen reconnaîtra plus facilement le portait d’un Européen, un Asiatique celui d’un Asiatique, etc… Dans le cas inverse le cerveau ne distingue pas vraiment les différences qu’il pourrait y avoir, ce qui engendre que « nous jugeons plus fiables et plus intelligents des types de visages qui nous sont familiers », comme l’a constaté Michel Vuillemier, neuroscientifique à l’université de Genève.
L’évolution nous aurait donc rendue en quelques sortes racistes et cela se fait encore beaucoup ressentir de nos jours, d’après une étude menée par le CNRS le délit de faciès est en augmentation et « les Noirs et les Arabes ont plus de risques d’être contrôlé que les Blancs » par des policiers, agents de sécurité (jusqu’à 20 fois plus)… Ce genre de délit implique des sanctions, comme en 2009 où 15 personnes ont porté plainte contre l’État Français pour délit de faciès mené par des agents publics.

Sources :
Code Pénal
http://www.ooreka.fr
Philosophie Magazine n°64

SERRA RENAUD
LE CHARTIER MICKAEL
TS1 du lycée Camille Corot. Morestel.

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