Pourquoi tombons-nous amoureux ?

Pourquoi tombons-nous amoureux ?

 

Aujourd’hui nous allons parler d’amour… Comment peut-on expliquer ce sentiment ? Comment rendre compte de cette émotion qui nous étreint tous un jour ou l’autre ?

Nous pourrions demander à la science de nous donner des réponses. Mais force est de constater qu’il est  difficile -voire impossible- de réduire l’amour en équations mathématiques ou de découvrir les lois physiques ou biologiques de cette force qui nous pousse vers l’autre.

Dans le Banquet, Platon nous propose de passer par le mythe pour comprendre l’apparition et la nature de l’amour.

Le Banquet de Platon retrace un dîner chez Agathon, un riche aristocrate athénien. Il vient de gagner un concours de théâtre et fête sa victoire – c’est un peu comme s’il venait de gagner la palme d’or au festival de Cannes!-.

Le souper commence sans Socrate. Puis le voilà qui arrive au milieu du repas. Agathon l’apostrophe et lui demande de venir s’allonger auprès de lui pour lui confier sa trouvaille de sagesse. Le philosophe rétorque que la sagesse n’est pas quelque chose qui se transmet de celui qui est le plus plein à celui qui est le plus vide. La sagesse n’obéit pas aux lois physiques de la mécanique des fluides. Sa sagesse, dit-il, est une sagesse de rien du tout, une manière de rêve.

Les convives s’apprêtent à boire -ça picole pas mal à l’époque, mais j’aurais l’occasion d’y revenir-. Pausanias est un peu incommodé par ses excès d’alcool de la veille. La beuverie a laissé des traces; ils ont dignement fêté la victoire d’Agathon, et le Dieu Dionysos. Aristophane a aussi la gueule de bois. Pour aujourd’hui, Les amis se décident à boire modérément.

La discussion s’engage. L’Amour sera le sujet des colloques. C’est le discours d’Aristophane que nous allons évoquer : le fameux mythe des androgynes.

Qu’est-ce qu’un mythe ? Etymologiquement c’est un récit mensonger –Mythos veut dire mensonge-. Mais le mythe possède aussi une part de vérité; il entend nous proposer l’explication d’un phénomène que la raison ou la science ne peuvent appréhender.

Le mythe des androgynes nous raconte que la nature originelle des hommes n’était pas tout à fait la même qu’aujourd’hui. Outre les espèces mâles et femelles il y en avait une troisième, mélange des deux autres : le fameux androgyne.

La description en est donnée : forme sphérique du corps androgyne, quatre mains, quatre jambes, une tête unique supportant deux visages opposés, quatre oreilles; démarche oblique et rapide, ponctuée de culbutes et de roulades, de sauts et de roues. Leur force est hors du commun et c’est ce qui va poser problème.

Cette vigueur corporelle engendre de la démesure et de l’orgueil. Les androgynes s’en prennent aux Dieux eux-mêmes. Ils escaladent le ciel. Zeus est ennuyé. Que faire ? Le dilemme est le suivant : il ne peut anéantir la race des hommes comme celle des Géants car se faisant les Dieux perdraient les bénéfices des offrandes et des sacrifices faits en leur honneur; et en même temps il ne peut supporter plus longtemps leur impudence. Zeus réfléchit longtemps. La solution choisie est d’affaiblir cette terrible et insolente vigueur des androgynes en les coupant en deux. Si leur démesure continue il recommencera l’opération de sectionnement : les hommes marcheront alors à cloche-pied.

Le découpage commence. Apollon, le chirurgien divin, doit retourner les visages du coté de la coupure pour donner le spectacle de la section, rendre les hommes témoins du châtiment, leur apprendre donc la modestie. Le chirurgien céleste opère, recoud, retourne, plie les corps et les chairs. Le praticien découpe de façon industrielle, sans états d’âme. Il polit les plis et les peaux récalcitrantes, il gomme les excroissances, suture les protubérances. Le travail de polissage doit effacer les traces du corps originel. Pour Apollon, l’esthétique a son importance.

Mais le tronçonnement terminé, les êtres séparés regrettent la moitié absente. L’amour est né. Il se comprend originellement comme nostalgie. Les hommes s’enlacent furieusement, passionnément, ils veulent combler le manque provoqué par la séparation divine, ils souhaitent compléter leur incomplétude présente. L’amour est désir de fusion, ne refaire qu’un avec la moitié qui s’est éloignée.

Zeus n’avait pas prévu les suites funestes, il n’avait pas compté sur la puissance de cet amour, cette volonté indéfectible de se fondre et de se confondre.  L’amour engendre l’inaction, la grève de la faim et la mort. Zeus prend des mesures expéditives pour parer l’apathie mortifère des hommes. Il transporte les parties génitales sur le devant -oui c’est un peu étrange mais avant ils les avaient dans le dos…-, et imagine de faire copuler les humains pour faire cesser ce sentiment originel du manque et de l’absence qui tourmente l’humanité. Zeus souhaite que l’acte sexuel fournisse un exutoire et un apaisement au sentiment de la vacuité ontologique. La sexualité est donc un subterfuge, une ruse divine destinée à rendre les hommes plus actifs et moins mélancoliques.

Morales  de l’histoire :

Si vous avez un nombril, c’est que vous avez une moitié de vous-mêmes que vous n’avez peut-être pas encore rencontré. Bonne chance si vous voulez la retrouver !

Malgré le caractère très « romantique » de ce mythe, il faut surtout souligner le caractère tragique de l’amour. Ce sentiment me pousse à ne faire qu’un avec l’autre, à abolir toute distance -à la différence de l’amitié- mais en même temps cette fusion est désormais impossible à réaliser. Il y a donc une souffrance irréductible dans l’amour : nous ne ferons jamais un. Nous sommes condamnés à être deux ! La jalousie  -on y consacrera un article… forcément- est la tentative désespérée de faire de l’autre une part de soi-même…

Enfin tombons-nous amoureux de quelqu’un de semblable à nous ou de dissemblable ? L’amour est amour du semblable, amour de soi. Ou plutôt il serait cette tendance qui porterait inexorablement vers cet autre, cet alter ego (autre moi-même), autre qui serait en réalité une partie de moi. L’amour serait par conséquent narcissisme : Narcisse s’aime lui-même comme un autre, considérant qu’il ne sait pas que l’autre qu’il contemple au fond de la fontaine c’est en réalité lui-même.

 

 

 

 

 

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