Les lapins sont-ils carnivores ?

Les lapins sont-ils carnivores ?

La question paraît saugrenue au premier abord. Mais vous allez voir que pour l’avancement de la science, les lapins ont joué un rôle déterminant dans l’expérimentation biologique.

Claude Bernard n’est pas seulement le nom d’une université à Lyon. C’est d’abord l’inventeur de la médecine expérimentale. Pour le dire autrement c’est lui qui a fait entrer la médecine dans l’âge de la science.

Il est né dans notre belle région, le 13 juillet 1813 à Saint  Julien (Rhône) dans le Beaujolais. Les amateurs de vin apprécieront. Son père était d’ailleurs négociant en vin. Il va étudier chez les jésuites de Villefranche-sur-Saône. Et vous n’allez pas me croire mais j’ai moi-même passé quatre années à Notre Dame de Mongré… Bon cela n’a pas  d’intérêt immédiat pour notre exposé…

Figurez-vous que cette grande figure de la médecine a raté son baccalauréat et qu’il est devenu préparateur en pharmacie à Lyon. Les échecs ont des vertus quoiqu’on en dise.  Il est essentiel de tomber pour apprendre à marcher. Il va ainsi repasser son bac à 21 ans, le réussir et se lancer avec appétit dans des études de médecine. Il rate –eh oui encore un échec !- l’agrégation -. Il passe une thèse de doctorat de médecine sur le sujet du glucose. Puis il va enchaîner les découvertes scientifiques et les succès : il mettra au jour la fonction glycogénique du foie –les élèves de Terminale Scientifique apprécieront-. On pensait à cette époque que le sucre provenait de l’alimentation et qu’il était consumé par la… respiration !!! Vous pouvez imaginer les pas de géant que les recherches de Bernard ont fait faire à la science biologique de son temps.

Il devient professeur à la Sorbonne, rentre au Collège de France. Grâce à lui la physiologie devient une science expérimentale.

Fait intéressant : il se marie en 1845 avec Fanny Martin ; elle est riche et lui permet de mener à bien ses recherches. Mais ce qui m’importe c’est qu’elle est une militante avant l’heure de la cause animale. Or nous allons voir que Claude Bernard utilisait des animaux –des lapins… oui  comme Roger- . Vous imaginez les soirées entre époux…

Venons-en maintenant à son ouvrage majeur : Introduction à l’étude de la médecine expérimentale de 1865.

C’est dans ce livre qu’il va thématiser le rôle déterminant du raisonnement expérimental dans la recherche scientifique (je vous invite à lire ou à relire notre article « Semmelweis… »).

Il distingue ainsi trois moments dans la méthode expérimentale :

  • Ce qu’il nomme « le sentiment » qui correspond aux fait que l’on peut observer et qui fournisse en quelque sorte une occasion ou un « excitant extérieur » -j’ai parlé de problème avec Semmelweis- qui va déclencher l’hypothèse.
  • Le sentiment engendre « l’idée ou l’hypothèse expérimentale ». Il souligne que « toute l’initiative expérimentale est dans l’idée ». L’idée est une « interprétation anticipée des phénomènes de la nature ». C’est le véritable point de départ, selon lui, de la recherche. Avant de faire une observation ou une expérimentation, il faut avoir une idée préconçue de ce qui peut arriver : « si l’on expérimentait sans idée préconçue, on irait à l’aventure. »
  • Enfin on va procéder à une expérimentation proprement dite pour vérifier ou infirmer l’hypothèse ou idée préconçue.

Pour illustrer cette valse à trois temps, Claude Bernard va utiliser des lapins qu’il trouve sur le marché. Le lapin n’est pas encore un animal de compagnie mais un objet de consommation et d’expérimentation dans le laboratoire du physiologiste.

  • Le sentiment : il observa lorsque les lapins furent placés sur sa table de travail qu’ils urinèrent. Un lapin stressé est un lapin qui pisse… Si ! c’est le vétérinaire de Charavines qui me l’a dit quand je lui ai amené Roger. Or Claude Bernard est surpris par un fait : les urines des lapin placés devant lui sont claires et acides alors qu’elle devrait être troubles et alcalines –les élèves de Terminale Scientifique doivent être aux anges !!!-. En effet le lapin est un herbivore. Or quand on mange de l’herbe on mange des aliments basifiants ou alcalins (le contraire d’acide) –désolé pour ces gros mots mais ils sont essentiels pour notre compréhension de la nutrition-. Donc les urines devraient être troubles.
  • Cette observation pousse Claude Bernard à faire une hypothèse : ces lapins ont dû manger de la viande. Là encore pour les nuls en physiologie, lorsque l’on mange de la viande, cela augmente l’acidité dans notre corps. Et qui dit acidité dit urine claire ! Ou plutôt ce n’est pas tout à fait cette hypothèse que fait notre scientifique : les lapins ont dû manquer de nourriture et dans cette situation le corps consomme ses propres protéines lorsqu’il n’y a plus d’autres sources d’énergie (il se passe la même chose quand on fait un régime alimentaire… On s’acidifie ce qui engendre bien des problèmes… Mais pour la consultation en nutrition vous voudrez bien prendre rendez-vous s’il vous plaît…).
  • Première expérimentation : Claude Bernard donne de l’herbe aux lapins. « Et quelques heures après leurs urines étaient devenues troubles et alcalines ». Retour à l’équilibre acido-basique ! Seconde expérimentation : on soumet les lapins à l’abstinence. 36 heures plus tard, les urines sont claires et acides. Cette double expérimentation est ensuite répétée un grand nombre de fois pour s’assurer qu’elle vérifie bien l’hypothèse de départ. Il va ensuite la faire avec un autre herbivore : le cheval. Les résultats sont équivalents.

Vous êtes donc maintenant au fait des différentes étapes indispensables de la méthode expérimentale en physiologie et en médecine.

Morale de l’histoire : les lapins ne sont pas des carnivores mais bien des herbivores ! Pour preuve : voici Roger entrain de croquer une belle feuille verte dans le jardin !

Bon appétit !

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