La dialectique du maître et de l’esclave

La dialectique du maître et de l’esclave

Friedrich Hegel est un philosophe allemand du 19 ème. Il est l’auteur notamment de la Phénoménologie de l’Esprit (1807) dans laquelle il reprend à son compte la relation du maître et de l’esclave à travers la notion du travail.

Au départ, Hegel s’interroge sur la manière dont les hommes passent de la conscience à la conscience de soi. Est-ce dans la solitude que l’on prend conscience de soi ? Pour Hegel la réponse est non.

Ce progrès passe par un processus dialectique (il faudrait un article sur cette notion-clé chez Hegel) qui va permettre le surgissement de la conscience de soi. Il part du principe que pour obtenir cette conscience de soi il faut que je sois reconnu comme conscience (et pas seulement comme une chose, un animal ou un esclave) par une autre conscience que la mienne. Or cette autre conscience désire également obtenir de moi que je la reconnaisse comme conscience et lui permettre ainsi d’accéder à la conscience de soi !

Pour Hegel ce face-à-face se solde par un conflit, une sorte de duel, une lutte pour la reconnaissance où le meilleur sortira vainqueur et sera reconnu comme conscience par cette autre conscience, accédant par là même à la conscience de soi !

Comment les deux adversaires vont-ils se départager ? Le plus fort c’est celui qui aura le moins peur de la mort, montrant à l’autre qu’il est prêt à aller jusqu’au bout, quitte à perdre la vie. Il montre alors sa supériorité et deviendra à terme le maître. Alors que le second qui éprouve la peur et qui veut conserver sa vie va céder et perdre le duel… et se retrouver au bout du compte l’esclave du premier.

Cependant le maître qui veut coûte que coûte obtenir la reconnaissance d’une autre conscience doit renoncer à tuer son adversaire. Il doit lui laisser la vie. La lutte des consciences présuppose la mort mais ne doit pas mettre à exécution ce qui semblait pourtant inévitable. Le maître va donc laisser la vie sauve à l’autre qui lui faisait face et qu’il a vaincu et le priver de sa liberté en le réduisant au statut d’esclave. Ce dernier va devoir travailler pour le maître en échange de la vie… Dans cette lutte l’esclave choisit la vie plutôt que la conscience de soi. Le maître accède quant à lui à la conscience de soi par la médiation de la reconnaissance de son esclave.

 

Dans le deuxième acte de cette dialectique du maître et de l’esclave, une fois la lutte des consciences terminée, l’esclave va travailler pour le maître. Pour ce faire il va transformer la nature : extraire des matières premières, organiser et transformer cette matière première selon les plans tracées dans sa conscience ou imagination, viser un but utilitaire au fruit de son travail, développer des techniques et des outils, acquérir des compétences manuelles et intellectuelles. L’esclave va donc façonner la matière et projeter sur la nature son être pour soi, autrement dit le fruit de ces conceptions, les formes qu’il a imaginées. L’esclave en travaillant va progresser, se perfectionner.

Mais par un processus dialectique, l’esclave qui façonne la nature, qui la transforme par son travail, va dans le même temps façonner et transformer sa propre nature. Il va ainsi accéder à une nouvelle dimension de la conscience que Hegel nomme la conscience pratique. Ainsi dans un autre texte extrait de son Esthétique, donne-t-il une définition de cette conscience pratique :

 

« Mais l’homme est également engagé dans des rapports pratiques avec le monde extérieur, et de ces rapports naît également le besoin de transformer ce monde, comme lui-même, dans la mesure où il en fait partie, en lui imprimant son cachet personnel, et il le fait pour encore se reconnaître lui-même dans la forme des choses, pour jouir de lui-même comme d’une réalité extérieure. »

 

Ainsi un charpentier qui vient de construire un toit se reconnaît dans son travail ; il y retrouve ces idées de départ réalisées concrètement. Il en éprouve même de la fierté. Le fruit de son travail lui fournit ainsi une sorte de miroir de sa propre intériorité, de sa conscience où il avait au départ imaginé son toit.

 

En transformant la nature, l’esclave humanise une nature inhospitalière en y transportant sa propre conscience, en produisant un monde humain où il pourra alors se reconnaître. En humanisant la nature, l’esclave accède par son travail à la conscience de soi, à son humanité et bientôt être en mesure de parvenir au niveau du maître voire à le dépasser.

Pour ceux qui n’ont rien compris, une petite vidéo…

 

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