Freud : lapsus et autres actes symptomatiques

Les lapsus et les actes symptomatiques

Nous faisons bien des choses chaque chose qui nous paraissent insignifiantes, sans intérêt, incohérentes. Aussitôt faites ou dites, nous les oublions. Pour autant la psychanalyse qui est l’étude de notre vie inconsciente nous donne de précieux renseignements sur ces actes anodins.

Là encore, comme pour le rêve et plus tard pour la névrose, tout est à affaire d’interprétation : l’analyste doit apprendre à passer du contenu visible, manifeste au contenu invisible ou latent.

Les lapsus et les actes symptomatiques fournissent ainsi de très bons matériaux pour la psychologue et en disent souvent très long sur nos désirs inconscients.

Les lapsus concernent d’abord les mots que l’on prononce à la place d’un autre, ou quand on écrit ou lit un mot à la place d’un autre. On pourrait penser dans un premier temps que cela n’a aucun sens, aucune importance. Mais pour Freud le lapsus est toujours révélateur d’un désir inconscient.

Freud nous raconte une anecdote assez cocasse sur un serial killer :

« A l’importance pratique des lapsus calami se rattache un intéressant problème. Vous vous rappelez sans doute le cas de l’assassin H… qui, se faisant passer pour un bactériologiste, savait se procurer dans les instituts scientifiques des cultures de microbes pathogènes excessivement dangereux et utilisait ces cultures pour supprimer par cette méthode ultra-moderne des personnes qui lui tenaient de près. Un jour cet homme adressa à la direction d’un de ces instituts une lettre dans laquelle il se plaignait de l’inefficacité des cultures qui lui ont été envoyées, mais il commit une erreur en écrivant, de sorte qu’à la place des mots « dans mes essais sur des souris ou des cobayes », on pouvait lire distinctement : « dans mes essais sur des hommes ». Cette erreur frappa d’ailleurs les médecins de l’Institut en question qui, autant que je sache, n’en ont tiré aucune conclusion. Croyez-vous que les médecins n’auraient pas été bien inspirés s’ils n’avaient pris cette erreur pour un aveu et provoqué une enquête qui aurait coupé court à temps aux exploits de cette assassin ? » (Psychopathologie de la vie quotidienne, p.78)

Il y a aussi dans cette catégorie les actes accidentels ou symptomatiques

« Font partie de cette catégorie d’actes manqués toutes les manipulations, en apparence sans but, que nous faisons subir, comme en nous jouant à nos vêtements, à telles ou telles parties de notre corps, à des objets à portée de notre main ; les mélodies que nous chantonnons appartiennent à la même catégorie d’actes, qui sont en général caractérisés par le fait que nous les suspendons, comme nous les avons commencés, sans motifs apparents. Or, je n’hésite pas à affirmer que tous ces phénomènes sont significatifs et se laissent interpréter de la même manière que les actes manqués, qu’ils constituent de petits signes révélateurs d’autres processus psychiques, plus importants ; qu’ils sont des actes psychiques au sens complet du mot. » (Introduction à la psychanalyse, p. 72-73)

« Les actes accidentels ou symptomatiques se rattachant à la vie conjugale ont souvent la plus grande signification et peuvent inspirer la croyance aux signes prémonitoires à ceux qui ne sont pas familiarisés avec la psychologie de l’inconscient. Ce n’est pas un bon début, lorsqu’une jeune femme perd son alliance au cours du voyage de noces (….). Je connais une femme divorcée, qui, longtemps avant le divorce se trompait souvent, en signant de son nom de jeune fille les documents concernant l’administration de ses biens. Un jour, me trouvant en visite chez un couple récemment marié, j’ai entendu la jeune femme me raconter en riant qu’étant allés au retour du voyage de noces, voir sa sœur, celle-ci lui proposa de l’accompagner dans les magasins pour faire des achats pendant que le mari irait à ses affaires. Une fois dans la rue, elle aperçut sur le trottoir opposé, un monsieur dont la présence dans cette rue sembla l’étonner, et elle dit à sa sœur : « Regarde, on dirait que c’est M.L. » Elle avait oublié que ce M.L. était depuis plusieurs semaines son époux. Je me suis senti mal à l’aise en écoutant ce récit, mais m’abstins d’en tirer une conclusion. Je ne me suis souvenu de cette petite histoire qu’au bout de plusieurs années, lorsque ce mariage a pris une tournure des plus malheureuses. » (Psychopathologie de la vie quotidienne, pp. 218-219)

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