Freud et l’invention de la psychanalyse

Freud et l’invention de la psychanalyse

PARTIE UN : LE NORMAL…

1/ LE RÊVE

Très tôt Freud s’est intéressé au rêve. Dès sa jeunesse, il note ses rêves et, fréquemment il en fait état dans sa correspondance. Le rêve va prendre une grande importance dans la thérapeutique psychanalytique.

Dès 1897, il souligne l’analogie de structure entre le rêve la névrose que nous allons définir plus loin.

                A / Les rêves de commodité

D’abord nous allons voir le rêve joue un rôle important pour préserver le sommeil du dormeur. Freud évoque un de ses rêves :

« Quand j’étais jeune, j’avais souvent des rêves de cette sorte. J’ai toujours eu l’habitude de travailler tard dans la nuit et j’avais beaucoup de mal à me lever le matin. Je rêvais souvent que j’étais levé et devant ma table de toilette. Au bout d’un certain temps, j’étais bien obligé de constater que je n’étais pas encore levé, mais j’y avais gagné un moment de sommeil. » (De l’interprétation des rêves, p.90)

                B/ Le rêve et le désir

Freud postule que nos rêves ont une fonction psychique : ils permettent de satisfaire un ou des désirs refoulés et font ainsi « baisser » la pression psychique du sujet.

Certes nous pourrions contester cette généralisation de Freud : qu’en-est-il des rêves à contenu indifférent, à contenu pénible voire angoissant (cauchemar) ?

« Le rêve n’est pas un chaos de sons discordants issus d’un instrument frappé au hasard, il n’est pas dépourvu de sens, il n’est pas absurde (…) C’est un phénomène psychique dans toute l’acception du terme, c’est l’accomplissement d’un désir. (…) » (De l’interprétation des rêves, p. 154)

Freud va opérer une distinction entre le contenu manifeste du rêve (ce qui correspond à l’histoire que nous avons rêvé, que nous pouvons raconter) et le contenu latent (qui correspond au contenu caché mais réel du rêve).

Donc pour Freud le rêve a un sens ; il a une cohérence. C’est l’interprétation qui doit permettre de reconstituer le sens caché du rêve. Freud est en rupture avec toute une tradition philosophique qui faisait du rêve une manifestation psychique désordonnée et illusoire (Descartes). Au lieu d’y voir une source d’erreurs, Freud considère que le rêve est au contraire porteur d’une vérité.

« Le rêve proprement dit, nous l’appellerons texte du rêve, rêve manifeste, et, ce que nous cherchons derrière lui, pour ainsi dire, les pensées latentes du rêve. Voilà en quoi consistera notre tâche : il nous faudra transformer le rêve manifeste en rêve latent et expliquer comment a pu se produire dans le psychisme du rêveur, l’élaboration inverse. Le premier travail est d’ordre pratique, il fait partie de l’interprétation du rêve et se plie à une certaine technique ; le second est d’ordre théorique et doit servir à expliquer l’élaboration du rêve. Technique de l’interprétation du rêve et théorie de son élaboration doivent toutes deux être créées de toutes pièces. » (Nouvelles conférences, p.15)

Le rêve est un rébus qu’il faut déchiffrer comme tel. Le contenu manifeste se présente comme un texte écrit en hiéroglyphes dont il faut trouver la clef.

                C/ Un exemple de rêve

« Une jeune fille rêve que le second enfant de sa sœur vient de mourir et qu’elle se trouve devant le cercueil exactement comme elle s’est trouvée quelques années auparavant, devant celui du premier-né de la même famille. Ce spectacle ne lui inspire pas le moindre chagrin. La jeune fille se refuse naturellement à voir interpréter son rêve dans le sens d’un désir secret. Telle n’est pas non plus notre interprétation. Mais il y a ceci, qu’auprès du cercueil du premier enfant elle s’est rencontrée avec l’homme qu’elle aime ; elle lui a parlé ; depuis ce moment, elle ne l’a plus jamais revu. Nul doute que, si le second enfant mourait, elle ne rencontrât de nouveau cet homme dans la maison de sa sœur. Elle se révolte contre cette hypothèse, mais elle en souhaite ardemment la conséquence, la rencontre de l’homme aimé. Et le jour qui a précédé le rêve, elle avait pris une carte d’entrée pour une conférence où elle espérait le voir. Le rêve est donc un simple rêve d’impatience, comme il s’en produit avant un voyage, avant une soirée au théâtre, dans l’attente de n’importe quel autre plaisir. » (Le rêve et son interprétation, p. 137-138)

                D/ Le travail du rêve

Freud compare le travestissement du désir latent dans le contenu manifeste du rêve au travestissement qu’un écrivain qui redoute la censure fait subir à l’expression de sa pensée. Plus la censure est sévère, plus la crainte est forte, plus les moyens de s’exprimer sans se trahir seront ingénieux. Le travestissement est, dans le rêve, l’effet d’un travail aux mécanismes complexes : condensation, déplacement, transformation d’idées en images ou figuration, élaboration secondaire, symbolisme. Freud considère la découverte de ces processus comme le fruit le plus important du travail psychanalytique. Ce sont les mêmes processus que l’on retrouver dans l’évolution de la langue et de la pensée comme aussi dans la production des symptômes névrotiques.

                E/Le symbolisme

Je ne parlerais que du symbolisme pour évoquer le travail de travestissement effectué dans le rêve. La figuration symbolique est l’un des procédés de représentation du rêve. Freud donne plus précisément le nom de « symbolique » au « rapport constant entre l’élément du rêve et sa traduction, l’élément lui-même étant un symbole de la pensée inconsciente du rêve. » (Introduction à la psychanalyse, p. 167)

L’usage de la méthode symbolique doit rester cependant rester prudent et limité.

Le symbolisme chez Freud est très souvent sexuel.

« Il est des symboles, à interprétation unique : ainsi Empereur et Impératrice, Roi et Reine, signifient Père et Mère. Chambre signifie Femme et les portes d’entrée et de sortie représentent les ouvertures naturelles du corps. Les symboles employés par le rêve servent le plus souvent à recouvrir des personnes, des parties du corps ou des actes qui intéressent la sexualité ; les organes génitaux en particulier utilisent une collection de symboles bizarres, et les objets les plus variés entrent dans la composition de ces symboles. Or, nous admettons que des armes pointues, des objets longs et rigides, troncs d’arbres ou cannes, représentent l’organe masculin, tandis que les armoires, boîtes, voitures, poêles, remplacent dans le rêve l’organe féminin… » (Le rêve et son interprétation, pp. 164-165).

« La partie principale, et pour les deux sexes la plus intéressante, de l’appareil génital de l’homme, la verge, trouve d’abord ses substitutions symboliques dans des objets qui lui ressemblent par la forme, à savoir : cannes, parapluies, tiges, arbres, etc. ; ensuite dans des objets qui ont en commun avec la verge de pouvoir pénétrer à l’intérieur d’un corps et causer des blessures : armes pointues de toutes sortes, telles que couteaux, poignards, lames, sabres, ou encore armes à feu, telle que fusils, pistolets et, plus particulièrement l’arme qui par sa forme se prête tout spécialement à cette comparaison c’est-à-dire le revolver. Dans les cauchemars des jeunes filles, la poursuite par un homme armé d’un couteau ou d’une arme à feu joue un grand rôle. C’est là peut-être le cas le plus fréquent du symbolisme des rêves, et son interprétation ne présente aucune difficulté. Non moins compréhensible est la représentation du membre masculin par des objets d’où s’échappe un liquide : robinets à eau, aiguières, sources jaillissantes, et par d’autres qui sont susceptibles de s’allonger de s’allonger tels que lampes à suspension, crayons à coulisse, etc. Le fait que les crayons, les porte-plumes, les limes à ongles, les marteaux et autres instruments sont incontestablement des représentations symboliques de l’organe sexuel masculin tient à son tour à une conception facilement compréhensible de cet organe.

La remarquable propriété que possède celui-ci de pouvoir se redresser contre la pesanteur, propriété qui forme une partie du phénomène de l’érection, a créé la représentation symbolique à l’aide de ballons, d’avions et, tout récemment de dirigeables Zeppelin. Mais le rêve connaît encore un autre moyen, beaucoup plus expressif, de symboliser l’érection. Il fait de l’organe sexuel l’essence même de la personne et fait voler celle-ci tout entière. Ne trouvez pas étonnant si je vous dis que les rêves souvent si beaux que nous connaissons tous et dans lesquels le vol joue un rôle si important doivent être interprétés comme ayant pour base une excitation sexuelle générale, le phénomène de l’érection. » (Introduction à la psychanalyse, p. 171)

« L’appareil génital de la femmes est représenté par tous les objets dont la caractéristique consiste en ce qu’il circonscrivent une cavité dans laquelle quelque chose peut être logé : mines, fosses, cavernes, vases et bouteilles, boîtes de toutes formes, coffres, caisses, poches, etc. Le bateau fait également partie de cette série. Certains symboles tels qu’armoires, fours et surtout chambres se rapportent à l’utérus plutôt qu’à l’appareil sexuel proprement dit. » (Ibid, p. 172)

« La naissance se trouve régulièrement exprimées dans le rêve par l’intervention de l’eau : on se plonge dans l’eau ou on sort de l’eau, ce qui veut dire qu’on enfante ou qu’on naît. Or, n’oubliez pas que ce symbole peut être considéré à la vérité transformiste : d’une part (et c’est là un fait très reculé dans le temps) tous les mammifères terrestres, y compris les ancêtres de l’homme, descendent d’animaux aquatiques ; d’autre part, chaque mammifère, chaque homme passe la première phase de son existence dans l’eau, c’est-à-dire que son existence embryonnaire se passe dans le liquide placentaire de l’utérus de sa mère, et naître signifie pour lui sortir de l’eau. » (Ibid, p. 177)

« La mémoire reproduit très souvent dans le rêve certaines impressions de la première enfance du dormeur et nous pouvons affirmer, sans crainte d’erreur, non seulement qu’elles avaient été oubliées, mais aussi qu’elles étaient, du fait, du refoulement, devenues inconscientes. C’est justement pourquoi quand nous essayons de reconstituer l’enfance du rêveur, comme nous le faisons au cours d’un traitement psychanalytique, nous ne pouvons, pour la plupart du temps, nous passer du rêve. Le rêve fait, en outre, surgir des matériaux qui n’appartiennent ni à la vie adulte ni à l’enfance du rêveur. Il faut donc considérer ces matériaux-là comme faisant partie de l’héritage archaïque, résultat de l’expérience de nos aïeux, que l’enfant apporte en naissant, avant même d’avoir commencé à vivre. Dans les légendes les plus anciennes de l’humanité, ainsi que dans certaines coutumes survivantes, nous découvrons des éléments qui correspondent à ce matériel phylogénétique. C’est ainsi que  le rêve offre une source de renseignements appréciables sur la préhistoire humaine. » (Nouvelles conférences sur la psychanalyse, pp.30-31).

                F/ Les difficultés de l’interprétation des rêves

L’interprétation exige entraînement, renoncement à toute critique, tout préjugé, tout parti pris affectif ou intellectuel, acharnement au travail. Elle ne se fait pas d’une traite ; il faut parfois interrompre et reprendre le travail. Enfin parfois une série de rêves s’étendant sur des semaines ou des mois révèle un fonds commun permettant une interprétation d’ensemble où tel rêve éclaire tel autre comme si le sens du discours des profondeurs était progressivement livré à travers des indices dont la cohérence s’organise peu à peu.

Il n’en reste pas moins que  certains rêves restent indéchiffrables. Et dans presque tous, comme un dernier nœud impossible à défaire, il subsiste quelque chose d’obscur. L’interprétation est donc par nature toujours inachevée et impossible à achever.

 

 

2/LE DETERMINISME MENTAL

                A/Les actes manqués

« Ce sont les phénomènes que nous désignerons par le nom générique d’actes manqués et qui se produisent lorsqu’une personne prononce ou écrit, en s’en apercevant ou non, un mot autre que celui qu’elle veut dire ou tracer (lapsus) ; lorsqu’on lit, dans un texte imprimé ou manuscrit un mot autre que celui qui est réellement imprimé ou écrit (fausse lecture) ou lorsqu’on entend autre chose que ce qu’on vous dit, sans que cette fausse audition tienne à un trouble organique de l’organe auditif. Une autre série de phénomènes du même genre a pour base l’oubli, étant entendu toutefois qu’il s’agit d’un oubli non durable mais momentané, comme dans le cas, par exemple, où l’on ne peut pas retrouver un nom qu’on sait cependant et qu’on finit régulièrement par retrouver plus tard… » (Introduction à la psychanalyse, pp. 35-36)

                B/ L’oubli

Le problème de l’oubli est l’un de ceux auxquels Freud s’est intéressé le plus tôt. Cela n’est pas surprenant ; toute la recherche psychanalytique peut être considérée comme l’inlassable exploration de la mémoire.

L’oubli et le refoulement

Il y a une tendance générale à oublier ce qui est pénible par un « instinct de défense » comparable à un réflexe de fuite. On trouve dans Psychopathologie de la vie quotidienne plusieurs exemples d’oublis et de nombreuses analyses sur l’oubli.

Exemple 1 : l’oubli par une universitaire du titre d’un livre (Psychopathologie de la vie quotidienne, p.48)

Exemple 2 : Freud lit le nom d’un patient traité quelques mois auparavant mais est incapable de s’en souvenir. (Ibid, p.156)

L’amnésie infantile

« A mon avis, on a tort d’accepter comme un fait naturel le phénomène de l’amnésie infantile, de l’absence de souvenirs se rapportant aux premières années. On devrait plutôt voir dans ce fait une singulière énigme. On oublie que même un enfant de quatre ans est capable d’un travail intellectuel très intense et d’une vie  affective très compliquée et on devrait plutôt s’étonner de constater que tous ces processus psychiques aient laissé si peu de traces dans la mémoire, alors que nous avons toutes les raisons d’admettre que tous ces faits oubliés de la vie de l’enfance ont exercé une influence déterminante sur le développement ultérieur de la personne Comment se fait-il donc que malgré cette influence incontestable et incomparable, ils aient été oubliés ? ». (Ibid, p.54)

            C/Les lapsus

Les lapsus concernent d’abord les mots que l’on prononce à la place d’un autre. On pourrait penser dans un premier temps que cela n’a aucun sens, aucune importance. Mais pour Freud le lapsus est toujours révélateur d’un désir inconscient.

De même nous arrivent-ils souvent d’écrire un mot à la place d’un autre ou de lire un mot à la place d’un autre.

« A l’importance pratique des lapsus calami se rattache un intéressant problème. Vous vous rappelez sans doute le cas de l’assassin H… qui, se faisant passer pour un bactériologiste, savait se procurer dans les instituts scientifiques des cultures de microbes pathogènes excessivement dangereux et utilisait ces cultures pour supprimer par cette méthode ultra-moderne des personnes qui lui tenaient de près. Un jour cet homme adressa à la direction d’un de ces instituts une lettre dans laquelle il se plaignait de l’inefficacité des cultures qui lui ont été envoyées, mais il commit une erreur en écrivant, de sorte qu’à la place des mots « dans mes essais sur des souris ou des cobayes », on pouvait lire distinctement : « dans mes essais sur des hommes ». Cette erreur frappa d’ailleurs les médecins de l’Institut en question qui, autant que je sache, n’en ont tiré aucune conclusion. Croyez-vous que les médecins n’auraient pas été bien inspirés s’ils n’avaient pris cette erreur pour un aveu et provoqué une enquête qui aurait coupé court à temps aux exploits de cette assassin ? » (Psychopathologie de la vie quotidienne, p.78)

Il y a aussi dans cette catégorie les actes accidentels ou symptomatiques…

« Font partie de cette catégorie d’actes manqués toutes les manipulations, en apparence sans but, que nous faisons subir, comme en nous jouant à nos vêtements, à telles ou telles parties de notre corps, à des objets à portée de notre main ; les mélodies que nous chantonnons appartiennent à la même catégorie d’actes, qui sont en général caractérisés par le fait que nous les suspendons, comme nous les avons commencés, sans motifs apparents. Or, je n’hésite pas à affirmer que tous ces phénomènes sont significatifs et se laissent interpréter de la même manière que les actes manqués, qu’ils constituent de petits signes révélateurs d’autres processus psychiques, plus importants ; qu’ils sont des actes psychiques au sens complet du mot. » (Introduction à la psychanalyse, p. 72-73)

« Les actes accidentels ou symptomatiques se rattachant à la vie conjugale ont souvent la plus grande signification et peuvent inspirer la croyance aux signes prémonitoires à ceux qui ne sont pas familiarisés avec la psychologie de l’inconscient. Ce n’est pas un bon début, lorsqu’une jeune femme perd son alliance au cours du voyage de noces (….). Je connais une femme divorcée, qui, longtemps avant le divorce se trompait souvent, en signant de son nom de jeune fille les documents concernant l’administration de ses biens. Un jour, me trouvant en visite chez un couple récemment marié, j’ai entendu la jeune femme me raconter en riant qu’étant allés au retour du voyage de noces, voir sa sœur, celle-ci lui proposa de l’accompagner dans les magasins pour faire des achats pendant que le mari irait à ses affaires. Une fois dans la rue, elle aperçut sur le trottoir opposé, un monsieur dont la présence dans cette rue sembla l’étonner, et elle dit à sa sœur : « Regarde, on dirait que c’est M.L. » Elle avait oublié que ce M.L. était depuis plusieurs semaines son époux. Je me suis senti mal à l’aise en écoutant ce récit, mais m’abstins d’en tirer une conclusion. Je ne me suis souvenu de cette petite histoire qu’au bout de plusieurs années, lorsque ce mariage a pris une tournure des plus malheureuses. » (Psychopathologie de la vie quotidienne, pp. 218-219)

            D/Le déterminisme psychique

La notion de déterminisme est une doctrine scientifique et philosophique apparue au 17ème siècle avec la physique moderne (Galilée) et qui postule que les phénomènes naturels obéissent à la causalité. Autrement dit, tout effet a une cause et un loi scientifique pose un rapport nécessaire et universelle entre la cause et son effet.

Freud veut appliquer ce postulat du déterminisme aux phénomènes psychiques : tous les actes psychiques, même les plus anodins, ont une ou des causes que le thérapeute se doit de mettre au  jour. Son intention est bien évidemment de présenter la psychanalyse comme une science aussi certaine et efficace que les sciences de la nature.

« Le psychanalyste se distingue par sa foi dans le déterminisme de la vie psychique. Celle-ci n’a à ses yeux rien d’arbitraire ni de fortuit ; il imagine une cause particulière là où d’habitude on n’a pas l’idée d’en supposer. » (Cinq leçons sur la psychanalyse, p. 43)

Le paranoïaque manifeste une connaissance intuitive du déterminisme psychique ; mais il l’interprète de façon erroné. En fait il projette dans la vie psychique d’autrui ce qui est vrai pour lui.

« Alors que l’homme normal admet une catégorie d’actes accidentels n’ayant pas besoin de motivation, catégorie dans laquelle il range une partie de ses propres manifestations psychiques et actes manqués, le paranoïaque refuse aux manifestations psychiques d’autrui tout élément accidentel. Tout ce qu’il observe sur les autres est significatif, donc susceptible d’interprétation. D’où lui vient cette manière de voir ? Ici, comme dans beaucoup d’autres cas analogues, il projette probablement dans la vie psychique d’autrui ce qui existe dans sa propre vie à l’état inconscient. Tant de choses se pressent dans la conscience du paranoïaque qui, chez l’homme normal et chez le névrosé, n’existent que dans l’inconscient, où leur présence est révélée par la psychanalyse ! Sur ce point, le paranoïaque a donc, dans une certaine mesure, raison : il voit quelque chose qui échappe à l’homme normal, sa vision est plus pénétrante que celle de la pensée normale ; mais ce qui enlève à sa connaissance toute valeur, c’est l’extension à d’autres de l’état de choses qui n’est réel qu’en ce qui concerne lui-même. » (Psychopathologie de la vie quotidienne, pp. 273-274)

 

3/LE DEVELOPPEMENT DE LA SEXUALITE

Dans la psychanalyse freudienne, la place de la sexualité est fondamentale. C’est par l’analyse des adultes que Freud a découvert la sexualité des enfants et décrit les étapes de son développement. Avant Freud on considérait que la sexualité n’apparaissait qu’avec la puberté.

« Prétendre que les enfants n’ont pas de vie sexuelle (…) mais que cette vie s’éveille brusquement à l’âge de 12 ans à 14 ans, c’est, abstraction faite de toutes les observations avancer une affirmation qui, au point de vue biologique, est aussi invraisemblable, voire aussi absurde que le serait celle d’après laquelle  les enfants naîtraient sans organes génitaux, lesquels ne feraient leur apparition qu’à l’âge de la puberté. Ce qui s’éveille chez les enfants de cet âge, c’est la fonction de la reproduction qui se sert, pour réaliser ses buts, d’un appareil corporel et psychique déjà existant. Vous tombez dans l’erreur qui consiste à confondre sexualité et reproduction, et par cette erreur vous vous fermez l’accès à la compréhension de la sexualité, des perversions et des névroses. » (Introduction à la psychanalyse, p. 334)

En outre Freud va substituer à la notion d’instinct celle de pulsion. Ainsi en décrivant le jeu des pulsions, il précise la dynamique de la sexualité enfantine et découvre l’Œdipe dont la formation et l’évolution commandent toute la vie sexuelle et affective de l’adulte.

Il montre que la sexualité dite « normale » est le résultat de l’intégration de « pulsions partielles », processus délicat, équilibre menacé. Et de même que dans l’Œdipe que se trouve le noyau des névroses de l’adulte, c’est à l’échec des pulsions partielles que sont imputables les perversions.

Enfin, c’est encore l’énergie (force) des pulsions, ou libido, qui, par la sublimation commande la formation du caractère (ici la question de l’éducation), toutes les activités créatrices (œuvres d’art…) et toutes les œuvres de civilisation.

« Libido est un terme emprunté à la théorie de l’affectivité. Nous désignons ainsi l’énergie (considérée comme une grandeur quantitative, mais non encore mesurable) des tendances se rattachant à ce que nous résumons dans le mot amour. Le noyau de ce que nous appelons amour est formé naturellement par ce qui est communément connu comme amour et qui est chanté par les poètes, c’est-à-dire par l’amour sexuel, dont le terme est constitué par l’union sexuelle. Mais nous n’en séparons pas toutes les autres variétés d’amour, telles que l’amour des hommes en général, pas plus que nous n’en séparons l’attachement à des objets concrets et à des idées abstraites. Pour  justifier l’extension que nous faisons ainsi subir au terme « amour » nous pouvons citer les résultats que nous a révélés la recherche psychanalytique, à savoir que toutes ces variétés d’amour sont autant d’expressions d’un seul et même ensemble de tendances, lesquelles, dans certains cas invitent à l’union sexuelle, tandis que dans d’autres elles détournent de ce but ou en empêchent la réalisation, tout en conservant suffisamment de traits caractéristiques de leur nature pour qu’on ne puisse pas se tromper sur leur identité. » (Essais sur la psychanalyse, pp. 109-110)

                A/La découverte de la sexualité infantile

C’est après avoir analysé et soigné de nombreux cas de névroses (nous en parlerons plus loin) que Freud acquiert la conviction que nos maladies psychiques d’adultes s’enracinent dans des évènements de la vie sexuelle infantile.

La découverte de la sexualité enfantine repose sur ce fait que les souvenirs surgissant chez les malades en cours d’analyse remontent régulièrement aux premières années de l’enfance. Cette découverte, précisons-le, concerne tout le monde, l’homme malade comme l’homme normal.

                B/Les premières phases de la vie sexuelle

L’érotisme oral : la succion

« Cette première phase de la vie sexuelle infantile, dans laquelle l’individu se satisfait au moyen de son propre corps et n’a besoin d’aucun intermédiaire, nous l’appelons la phase de l’auto-érotisme. Ces parties propres à procurer le plaisir sexuel, nous les appelons zones érogènes. La succion des petits enfants est un bon exemple de satisfaction auto-érotique procurée par une zone érogène. » (Cinq leçons sur la psychanalyse, p. 51)

« La succion ou le suçotement qui existent chez le nourrisson, qui peuvent subsister jusqu’à l’âge adulte et même parfois toute la vie, sont constitués par un mouvement rythmique et répété des lèvres, qui n’a pas pour but l’absorption d’un aliment (…) La volupté de sucer absorbe toute l’attention de l’enfant, puis s’endort ou peut même amener des réactions motrices, une espèce d’orgasme. » (Trois essais sur la théorie de la sexualité, p. 72-73)

L’érotisme anal

« La situation anatomique de la zone anale, tout comme celle de la zone bucco-labiale, la rend propre à étayer une activité sexuelle sur une fonction physiologique. On peut supposer que la valeur érogène de cette zone fut à l’origine considérable. Par la psychanalyse on n’apprend pas sans surprise quelles transformations subissent normalement les excitations sexuelles nées de cette zone et combien souvent il arrive que cette région conserve pendant toute la vie de l’individu un certain degré d’excitabilité génitale. » (Trois essais sur la théorie de la sexualité, p. 79-80)

« Les enfants qui utilisent l’excitabilité érogène de la zone anale se trahissent parce qu’ils retiennent leurs matières fécales, jusqu’à ce que l’accumulation des matières produisent des contractions musculaires violentes et que, passant par le sphincter anal, elles provoquent sur la muqueuse une vive excitation. On peut supposer qu’à une sensation douloureuse s’ajoute un sentiment de volupté. » (Ibid, p. 80)

La phase phallique

Elle prélude à la forme finale de la vie sexuelle et lui ressemble par l’entrée en activité des zones génitales. Toutefois, elle s’en distingue par le fait que, pour les deux sexes, un seul organe génital, l’organe mâle joue un rôle. Ce fait jouera un rôle important dans la formation du complexe de castration et la liquidation de l’Œdipe.

L’enfant, un pervers polymorphe

Texte dans Introduction à la psychanalyse, pp. 228-229.

L’idée c’est que l’enfant n’a aucune barrière. Ces barrières vont être réprimées progressivement par l’éducation.

                C/ La formation de  l’Œdipe

Entre trois et cinq ans, l’enfant éprouve à l’égard de ses parents des sentiments à la fois amoureux et hostiles : amour pour le parent de sexe opposé et désir de mort pour le parent de même sexe. Dès le début de ses recherches, Freud reconnut l’existence de l’Œdipe et c’est au cours de son auto-analyse qu’il fit le rapprochement entre cette situation et la légende d’Œdipe.

« Les rapports de l’enfant avec les parents, comme le prouvent l’observation directe de l’enfant et l’étude analytique de l’adulte, ne sont nullement dépourvus d’éléments sexuels. L’enfant prend ses deux parents et surtout l’un d’eux comme objets de désirs. D’habitude, il obéit à une impulsion des parents eux-mêmes, dont la tendresse porte un caractère nettement sexuel, inhibé il est vrai dans ses fins. Le père préfère généralement la fille, la mère le fils. L’enfant réagit de la manière suivante : le fils désire se mettre à la place du père, la fille à celle de la mère. Les sentiments qui s’éveillent dans ces rapports de parents à enfants et dans ceux qui en dérivent entre frères et sœurs ne sont pas seulement positifs, c’est-à-dire tendres : ils sont aussi négatifs, c’est-à-dire hostiles. Le complexe ainsi formé est condamné à un refoulement rapide ; mais, du fond de l’inconscient, il exerce encore une action importante et durable. Nous pouvons supposer qu’il constitue, avec ses dérivés, le complexe central de chaque névrose, et nous nous attendons à le trouver non moins actif dans les autres domaines de la vie psychique. Le mythe du roi Œdipe qui tue son père et prend sa mère pour femme est une manifestation peu modifiée du désir infantile contre lequel se dresse plus tard, pour le repousser, la barrière de l’inceste. » (Cinq leçons sur la psychanalyse, pp. 55-56)

                D/La période de latence

« Entre la 6ème et la 8ème année environ, le développement sexuel subit un temps d’arrêt ou de régression qui, dans les cas socialement les plus favorables, mérite le nom de période de latence. Cette latence peut aussi manquer ; en tout cas, elle n’entraine pas fatalement une interruption complète de l’activité et des intérêts sexuels. La plupart des évènements et tendances psychiques antérieurs à la période de latence, sont alors frappés d’amnésie infantile, tombent dans cet oubli dont nous avons déjà parlé et qui nous cache et nous rend étrangère notre première jeunesse. La tâche de toute psychanalyse consiste à faire revivre le souvenir de cette période oubliée de la vie, et on ne peut s’empêcher de soupçonner que la raison de cet oubli réside dans les débuts de la vie sexuelle qui coïncide avec cette période, que l’oubli est, par conséquent, l’effet du refoulement. » (Ma vie et la psychanalyse, p. 351)

                E/La puberté : la phase génitale

« Mais le choix de l’objet s’accomplit d’abord sous la forme de représentations et la vie sexuelle de l’adolescent ne peut, pour le moment, que s’abandonner à des fantasmes, c’est-à-dire à des représentations qui ne sont pas destinées à se réaliser. Dans ces fantasmes, on retrouve chez tous les hommes les tendances et inclinations de l’enfant renforcées alors par le développement somatique ; et parmi ces tendances celle qui compte le plus par l’importance et la fréquence est l’inclination sexuelle qui, la plupart du temps, a acquis un caractère différencié en vertu de l’attirance sexuelle de l’enfant vers les parents : le fils vers la mère et la fille vers le père. » (Trois essais sur la théorie de la sexualité, p. 136)

 

PARTIE DEUX : … ET LE PATHOLOGIQUE

1/PHENOMENOLOGIE DE L’ANGOISSE

                A/La névrose d’angoisse

En étudiant en 1885, les formes de la neurasthénie, Freud distingue un type clinique : la névrose d’angoisse qui se caractérise par un certain nombre de troubles physiques (cardiaques, respiratoires, sensoriels) et psychiques dont le plus important est l’attente anxieuse. L’attente anxieuse relève d’une attitude générale pessimiste devant la vie. Au moindre signe elle imagine le pire, comme si une certaine quantité d’angoisse était toujours là, flottante, prête à se lier avec n’importe quelle représentation.

Chez certaines personnes, elle s’explique par une trop grande rigueur morale, le doute, la maniaquerie…

« Le cérémonial névrotique consiste en petites pratiques, petites adjonctions, petites restrictions, petits règlements, qui sont accomplis, lors de certaines actions de la vie quotidienne, d’une manière toujours semblable ou modifiée selon une loi. Ces activités nous font l’impression de simples « formalités » ; elles nous apparaissent comme dépourvues de toute signification. Elles n’apparaissent pas autrement au malade lui-même qui est pourtant incapable de s’en dispenser, car chaque dérogation par rapport au cérémonial est sanctionnée par une angoisse intolérable, qui contraint immédiatement à reprendre ce dont on s’était dispensé. Les occasions et les activités que le cérémonial enjolive, alourdit, et chaque fois retarde, sont tout aussi futiles que les actions cérémonielles elles-mêmes : par exemple s’habiller et se déshabiller, se mettre au lit, satisfaire ses besoins corporels. » (Névrose, psychose, perversion, p.134)

Toutes formation de symptôme a pour fonction de permettre au sujet d’échapper au symptôme de névrose. Elle a avec la névrose un rapport plus intime ; elle est le phénomène essentiel de la névrose. Voir Introduction à la psychanalyse, p. 432.

                B/L’origine de l’angoisse

Première théorie : l’angoisse est causée par le refoulement

L’angoisse apparaît lorsque la libido ne peut pas être satisfaite pour des raisons morales ou sociales.

Deuxième théorie

Elle est en relation avec la deuxième topique. Entre le ça, la réalité et le surmoi, le moi apparait menacé par un triple danger, soumis à une triple servitude : les exigences de la libido, celles de la réalité et celles du surmoi.

La notion de situation dangereuse

Une situation dangereuse réelle, objective déclenche une angoisse normale : l’angoisse automatique. L’attente d’une situation dangereuse déclenche l’angoisse comme signal d’alarme ; or, la perte d’un objet essentiel, pour l’enfant la séparation d’avec la mère, est vécue comme situation dangereuse. Point n’est besoin de remonter à l’expérience de la naissance (comme le fait le disciple de Freud Otto Rank), c’est dans la vie du nourrisson, dès la première enfance que se produit réellement ces situations dangereuses et angoissantes.

2/Les névroses

Elles ont été longtemps le premier et seul objet de la psychanalyse. Selon Freud, une des origines des névroses se situe dans l’enfance.

A/Etiologie sexuelle des névroses

Textes à lire :

Le cas Elisabeth dans Etudes sur l’hystérie. (Voir Manuel)

Un cas de jalousie obsessionnelle dans Introduction à la psychanalyse.BB

 

2/LA THERAPEUTIQUE ANALYTIQUE

La thérapeutique a subi, tout au long de la carrière de Freud, nombres d’évolutions.

                A/La méthode cathartique

Elle consiste à délivrer le patient d’un « corps étranger ». Au début de sa carrière avec le docteur Breuer, Freud utilise l’hypnose. On peut se reporter aux Cinq leçons sur la psychanalyse pour voir comment il va guérir une jeune femme qui souffre d’hydrophobie.

«  Dans notre communication préliminaire nous déclarions avoir découvert, en étudiant l’étiologie des symptômes hystériques, une méthode thérapeutique ayant, à notre avis, une grande valeur pratique. Nous fûmes d’abord extrêmement surpris de constater que les symptômes hystériques disparaissent sans retour dès que nous réussissions à évoquer et à mettre en pleine lumière le souvenir des incidents qui les avaient provoqués et en même temps l’affect concomitant. Il fallait aussi que le malade décrivît, avec le plus de détails possibles, cet incident et qu’il donnât à l’affect une expression verbale. » (Etudes sur l’Hystérie, p. 204)

                B/De la méthode cathartique à la psychanalyse

Progressivement Freud va abandonner l’hypnose et inventer des nouvelles méthodes.

« Je réussis à me passer de l’hypnose et à retrouver sans son concours les souvenirs pathogènes. Voici comment j’y parvins : quand, à la première entrevue, e demandais à mes malades s’ils se souvenaient de ce qui avait  d’abord provoqué le symptôme considéré, les uns prétendaient n’en rien savoir, les autres me rapportaient un fait dont le souvenir, disaient-ils, était vague et auquel ils ne pouvaient rien ajouter. (…) . Ces expériences me donnèrent l’impression qu’il devait effectivement être possible de faire apparaître, simplement en insistant, la série de représentations pathogènes existantes. Comme cette insistance me coûtait beaucoup d’efforts, je ne tardai pas à penser qu’il  y avait là une résistance à vaincre, fait dont je tirai la conclusion suivante : par mon travail psychique je devais vaincre chez le malade une force psychique qui s’opposait à la prise de conscience (au retour du souvenir) des représentations pathogènes. » (Ibid, p. 215)

C’est sur la notion de résistance qu’est fondée la conception freudienne des processus psychiques dans la névrose. Le mot « résistance » désigne, d’une manière générale, toute force qui, au cours du traitement psychanalytique s’oppose à la guérison. Freud va en déduire ensuite le concept de « refoulement » essentiel dans la compréhension des névroses.

                C/La situation analytique

L’analyste et l’analysé concluent un pacte : totale sincérité d’une part, absolue discrétion d’autre part. C’est ce pacte qui constitue la situation analytique.

« Le Moi est affaibli par un conflit interne et il convient de lui porter secours. Tout se passe comme dans certaines guerres civiles où c’est un allié du dehors qui emporte la décision. Le médecin analyste et le Moi affaibli du malade doivent, en s’appuyant sur le monde réel se liguer contre les ennemis : les exigences pulsionnelles du ça et les exigences morales du Surmoi. Un pacte est conclu. Le Moi malade du patient nous promet une franchise totale, c’est-à-dire la libre disposition de tout ce que son auto-perception lui livre. De notre côté, nous lui assurons la plus stricte discrétion et mettons à son service notre expérience dans l’interprétation du matériel influencé par l’inconscient. Notre savoir compense son ignorance et permet au Moi de récupérer et de gouverner les domaines perdus de son psychisme. C’est ce pacte qui constitue toute la situation analytique. » (Abrégé de psychanalyse, p.40).

                D/Le matériel de l’analyse

« Le matériel de notre travail nous vient de diverses sources : des dires du patient, de ses associations libres, de ses manifestations de transfert, de l’interprétation de ses rêves et enfin de ses actes manqués. Tout cela nous aide à reconstituer ses expériences passées, ce qu’il a oublié aussi bien que ce qui se passe actuellement en lui sans qu’il le comprenne. » (Abrégé de psychanalyse, p. 46)

« Le travail analytique nécessaire pour expliquer et supprimer la maladie ne s’arrête jamais aux évènements de l’époque où elle se produisit, mais remonte toujours jusqu’à la puberté et à la première enfance du malade ; là, elle rencontre les évènements et les impressions qui ont déterminé la maladie ultérieure. Ce n’est qu’en découvrant ces évènements de l’enfance que l’on peut expliquer la sensibilité à l’égard, des traumatismes ultérieurs, et c’est en rendant conscients ces souvenirs généralement oubliés que nous en arrivons à pouvoir supprimer les symptômes. Nous parvenons ici aux mêmes résultats que dans l’étude des rêves à savoir que ce sont les désirs inéluctables et refoulés de l’enfance qui ont prêté leur puissance à la formation des symptômes sans lesquels la réactions aux traumatismes ultérieurs aurait pris un cours normal. Ces puissants désirs de l’enfant, je les considère, d’une manière générale, comme sexuels. » (Cinq leçons sur la psychanalyse, p. 48)

 

 

 

 

 

 

PARTIE TROIS : LA CONCEPTION METAPSYCHOLOGIQUE DE LA VIE PSYCHIQUE

Freud a toujours poursuivi un double. D’abord élaborer une thérapeutique efficace afin de guérir des patients qui souffrent. Mais il souhaitait aussi construire une nouvelle science, une nouvelle théorie de la vie psychique qu’il appelle « métapsychologie ».

1/LA PREMIERE TOPIQUE : ICS- PCS – CS

La recherche freudienne renouvelle radicalement la conception classique de la vie psychique. La conscience émerge comme un îlot d’un vaste domaine sur lequel elle ne nous donne que des connaissances incomplètes et qui nous reste inaccessible en son essentielle réalité. C’est cependant là que réside le fond de toute vie psychique. L’inconscient est le psychique même, et l’hypothèse de l’inconscient est pour la science une hypothèse nécessaire et légitime.

« De divers côté on nous conteste le droit de postuler l’existence d’un psychisme inconscient et de travailler scientifiquement à l’aide de cette donnée. Nous répondrons que l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime et que l’existence de l’inconscient est d’ailleurs prouvé de maintes façons. Elle est nécessaire parce que les renseignements que fournit le conscient sont pleins de lacunes ; tant chez les êtres normaux que chez les malades on observe souvent des actes psychiques qui, pour être compris, présupposent d’autres actes dont le conscient cependant ne sait rien. Il ne s’agit pas seulement ici des actes manqués, des rêves faits par les normaux, de tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes obsessionnels chez les malades, mais notre expérience journalière personnelle nous permet d’observer des idées dont l’origine nous reste inconnue et des résultats de pensée dont l’élaboration nous demeure mystérieuse. Tous ces actes conscients resteraient incohérents et incompréhensibles si nous persistions à soutenir que le conscient suffit à nous révéler tous les actes psychiques qui se passent en nous. Par contre, ils deviennent d’une évidente cohérence lorsque nous interpolons les actes inconscients auxquels nous avons conclu. Le gain en signification et en cohérence est un motif bien fondé, susceptible de nous mener au-delà de l’expérience immédiate. Et s’il est prouvé que l’hypothèse de l’inconscient permet de baser sur elle un procédé fertile en résultats et grâce auquel nous pouvons utilement influencer le cours des processus conscients, cet heureux résultat sera la preuve inattaquable du bien fondé de notre hypothèse. Il faut alors considérer que c’est cette prétention insoutenable d’exiger que tout ce qui se passe dans le psychisme doive être connu du conscient. » (Métapsychologie, pp. 92-94).

 

2/LA DEUXIEME TOPIQUE : MOI – ÇA – SURMOI

En 1920, Freud remanie profondément sa Métapsychologie. Il décide de ne plus employer le mot inconscient car cela ne permet pas de rendre compte des rapports dynamiques entre les diverses instances du psychisme. Comment concevoir un Moi relativement maître du ça et libre à l’égard du Surmoi ?

                A/Le Moi

Freud compare le Moi à un cavalier chargé de maintenir un cheval : « Le Moi représente ce qu’on appelle la raison et la sagesse ; le ça, au contraire, est dominé par les passions. » (Essais de psychanalyse, p. 144)

« Le Moi est tourné vers le monde extérieur et transmet les impressions reçues, c’est durant son fonctionnement que se produit le phénomène de la conscience. Il constitue l’organe sensoriel de tout l’appareil et perçoit non seulement les excitations du dehors, mais aussi celles de l’intérieur, celles de la vie spirituelle. (…). Le rapport avec le monde extérieur est devenu pour le moi d’une importance capitale ; le Moi a pour mission d’être le représentant de ce monde aux yeux du ça et pour le plus grand bien de ce dernier. En effet, sans le Moi, le ça, aspirant aveuglément aux satisfactions instinctuelles, viendrait impudemment se briser contre cette force extérieure plus puissante que lui. (…). Ainsi le Moi détrône-t-il le principe de plaisir qui, dans le ça, domine de façon absolue tout le processus. Il l’a remplacé par le principe de réalité plus propre à assurer sécurité et réussite.» (Nouvelles conférences sur la psychanalyse, pp. 101-102)

« Le Moi déploie son activité dans deux directions. D’une part, il observe, grâce aux organes des sens, du système de la conscience, le monde extérieur, afin de saisir l’occasion propice à une satisfaction exempte de périls ; d’autre part, il agit sur le ça, tient en bride les passions de celui-ci, incite les instincts à ajourner leur satisfaction ; même quand cela est nécessaire ; même quand cela est nécessaire, il leur fait modifier les buts auxquels ils tendent ou les abandonner contre les dédommagements. En imposant ce joug aux élans du ça, le « moi » remplace le principe de plaisir primitivement seul en vigueur, par le principe dit de « réalité » qui certes poursuit le même but final, mais en tenant compte des conditions imposées par le monde extérieur. Plus tard, le « Moi » s’aperçoit qu’il existe, pour s’assurer la satisfaction, un autre moyen que l’adaptation dont nous avons parlé, au monde extérieur. On peut en effet agir sur le monde extérieur afin de le modifier, et y créer exprès les conditions qui rendront la satisfaction possible. Cette sorte d’activité devient alors le suprême accomplissement du « Moi », l’esprit de décision qui permet de choisir quand il convient de dominer les passions et de s’incliner devant la réalité, ou bien quand il convient de prendre le parti des passions et de se dresser contre le monde extérieur. Cet esprit de décision est tout l’art de vivre. » (Psychologie et médecine, pp. 151-152).

                B/Le ça

« C’est la partie obscure, impénétrable de notre personnalité, et le peu que nous en savons, nous l’avons appris en étudiant l’élaboration du rêve et la formation du symptôme névrotique. Ce peu a, en outre, un caractère négatif et ne se peut décrire que par contraste avec le Moi. Nous l’appelons : chaos, marmite pleine d’émotions bouillonnantes. Nous nous le représentons débouchant d’un côté dans le somatique et recueillant les besoins pulsionnels qui trouvent en lui leur expression psychique, mais nous le pouvons dire dans quel substratum. Il s’emplit d’énergie, à partir des pulsions, mais sans témoigner d’aucune organisation, d’aucune volonté générale ; il tend seulement à satisfaire les besoins pulsionnels, en se conformant au principe de plaisir. Les processus qui se déroulent dans le ça n’obéissent pas aux lois logiques de la pensée ; pour eux, le principe de la contradiction est nul. Des émotions contradictoires y subsistent sans se contrarier, sans se soustraire les unes des autres ; (…). Les désirs qui n’ont jamais surgi hors du ça, de même que les impressions qui y sont restées enfouies par suite su refoulement, sont virtuellement impérissables. (…). Il va de soi que le ça ignore les jugements de valeur, le bien et le mal, la morale. » (Nouvelles conférences sur la psychanalyse, p. 99)

 

                C/Le Surmoi

Il correspond à l’intériorisation des valeurs morales et sociales par l’éducation des enfants. Ce sont ces valeurs qui vont ensuite venir s’opposer et refouler les pulsions inconscientes. C’est aussi à cause du surmoi que nous éprouvons de la culpabilité.

3/ LES PULSIONS

Le terme pulsion vient de l’allemand trieb et désigne une poussée énergétique et motrice de l’organisme vers un but.

A partir de la seconde topique, Freud considère que notre appareil psychique est dominé par deux pulsions : Eros et les pulsions de mort ou de destruction (Thanatos).

 

PARTIE QUATRE : L’ANTHROPOLOGIE

1/CIVILISATION ET CULTURE

L’exploration des rêves a conduit à l’explication de certains mythes et contes. On retrouve un symbolisme commun entre les rêves ou les symptômes névrotiques d’une part, et certains éléments des mythologies ou des créations poétiques.

La méthode analytique ouvre donc la voie à l’interprétation des grandes productions individuelles ou collectives : la littérature, l’art, les religions.

                A/Essence de la civilisation

« Le terme de civilisation désigne la totalité des œuvres et organisation dont l’institution nous éloigne de l’état animal de nos ancêtres et qui  servent à deux fins : la protection de l’homme contre la nature et la réglementation des relations des hommes entre eux. » (Essais de psychanalyse, p. 83)

« La beauté, la propreté et l’ordre occupent évidemment un rang tout spécial parmi les exigences de la civilisation. » (Malaise dans la civilisation, p. 42)

« Mais nous ne pouvons imaginer de trait caractéristique de la civilisation que le prix attaché aux activités psychiques supérieures, productions intellectuelles, scientifiques et artistiques, ni d’indice culturel plus sûr que le rôle conducteur attribué aux idées dans la vie des hommes. Parmi ces idées, les systèmes religieux occupent le rang le plus élevé dans l’échelle des valeurs. » (ibid, p.42)

                B/Eros et Ananké au fondement de la vie communautaire

Texte extrait de Malaise…

L’amour sous ces diverses formes, est l’un des fondements de la civilisation. En tant qu’amour sexuel, il permet la fondation des familles. En tant que tendresse inhibée quant au but, il investit d’autres relations : l’amour des parents pour leurs enfants, des frères pour leurs sœurs, l’amitié.

Eros permet au final de passage de l’égoïsme à l’altruisme.

                C/Les règles de la vie communautaire

Au fondement de toute communauté : le tabou de l’inceste et la loi de l’exogamie. Voir texte